Références : Mini Croiseur, Noël Charmillod - Bimensuel de Ascorsaire Suisse - Photos U. Bivans

Au Bouveret, chantier et place au port
Quand la construction navale commença, dans les années 1950, à être pénétrée par les matériaux et procédés modernes, Amiguet chercha une nouvelle orientation pour l’activité de son entreprise. Or en France, le Corsaire avait obtenu dès sa création en 1954, un franc et rapide succès. Amiguet demanda à Jean-Jacques Herbulot d’être agréé comme constructeur du Corsaire pour la Suisse, ce qui lui fut accordé. L’activité du chantier de Saint-Gingolph se focalisa dès lors sur cette nouvelle production.

L’importante réorganisation qui s’imposa révéla vite son efficacité. Commencée en 1959, la construction des Corsaire se poursuivit au rythme annuel d’une soixantaine d’unités jusqu’en 1973. Quelques 850 de ces bateaux sont venus ainsi contenter des amateurs enthousiastes, séduits par l’indéniable réussite d’Herbulot, et confiants dans la qualité de construction qu’Amiguet su maintenir.

Peu de temps après, les deux fils d'Amiguet, Yves et Pierre-Marie, leur apprentissage de constructeur de bateaux terminé, avaient rejoint leur père au chantier.

Alfred Amiguet a poursuivi son activité en construction navale, mais progressivement réduite jusqu’à la démolition du chantier en 1980

Un chaland a alors déménagé le "chantier" au Bouveret. Pierre-Marie y a dirigé l’entreprise jusqu'en septembre 2007, date à laquelle le chantier a fermé ses portes.

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Le chantier naval Amiguet

Alfred Amiguet avait six ans en 1912 quand son père est venu habiter Rolle. Plus tard, élève du Collège, il occupe une bonne part de ses loisirs à travailler au chantier naval rollois Oester. Bientôt, il entre à l’Ecole des Arts et Métiers de Genève, qui lui décerne, en 1926, son certificat de fin d’apprentissage comme menuisier sur automobiles, dont les carrosseries étaient alors souvent en bois. Peu après, il saisit une occasion rêvée, celle d’embarquer comme second charpentier sur un cargo allemand, le "Bertram-Rickmers". A son bord, il effectue deux voyages, aller et retour, jusqu’à Vladivostok.

Dès 1932, revenu à Rolle, il travaille de plus en plus régulièrement chez Oester. En 1935, il s’établit comme constructeur de bateaux à Ouchy. Mais en 1939, Amiguet cherche à s’installer de façon plus stable, car dans ses locaux d’Ouchy un délai de résiliation de trois mois le place dans une situation peu confortable. Or à Saint-Gingolph, le chantier Derivaz avait construit sa dernière barque du Léman, la rapide "Algérie", en 1901, et depuis son activité consistait en des travaux de réparation. Les installations de mise à terre servent à l’entreprise Grossi d’Ouchy pour l’entretien de ses deux bateaux de charge : la barque "Vaudaire" et le cargo lémanique à vapeur (ou "mouche") "Mercure". Dans un premier temps, Amiguet sous-loue le chantier à l’entrepreneur Grossi, avant de l’acheter huit ans plus tard.
JOURNAL DE BORD